Le temps des questions.
Article mis en ligne le 21 décembre 2010
dernière modification le 1er octobre 2011
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Le conflit sur les retraites restera dans l’histoire sociale comme l’un des plus importants, sinon le plus important, depuis mai 1968.

Le plus important par sa durée, avec plusieurs mois de mobilisations et 9 journées nationales interprofessionnelles,
par l’ampleur des manifestations (avec des pointes à 28 000 à Angoulême !)
et surtout par ses modalités, en particulier par les actions de blocage qui resteront comme la marque de ce mouvement.

Nous avions pourtant de formidables atouts : l’opinion, un peu sceptique au départ, victime d’un pilonnage médiatique et politique sur le thème « du caractère inéluctable d’une réforme répondant à un problème démographique » s’est retournée et a rapidement soutenu le mouvement ( à 70 %), encouragé sa radicalité (54% approuvent la grève générale mi-octobre ) et reste encore à ce jour largement hostile à la loi (71%) et au gouvernement (69%). La solidarité public-privé -ce qui n’était pas tout à fait le cas en 1995 ou 2003- s’est spontanément créée pour faire face à une réforme qui attaquait tous les salariés. L’engagement de la jeunesse lycéenne qui s’est largement mobilisée. Le niveau des mobilisations en particulier lors des grandes journées, tant dans la grève que dans les manifestations, qui démontrait que les salariés étaient prêts à répondre à des appels intersyndicaux.
La mobilisation dans la durée de secteurs comme la SNCF et surtout les ports et les raffineries pendant plus de 20 jours ! La solidarité interprofessionnelle dans les actions de blocage, de dépôts pétroliers, de zone industrielle, de dépôt de bus comme les organisa le collectif 16 de défense des retraites... Il y a bien longtemps que nous n’avions eu autant d’atouts dans notre jeu. Et pourtant nous avons perdu. Pourquoi ?

Les salariés ont longtemps pensé que la stratégie des directions nationales allaient permettre de gagner. C’est pour cela qu’ils se sont largement mobilisés lors des appels à des journées d’action. Pourtant les responsables nationaux des « grands » syndicats ont adopté une stratégie perdante. En saucissonnant le mouvement par des appels ponctuels tous les 10 ou 15 jours, en refusant d’appeler à la grève reconductible et au blocage de l’économie, en se cantonnant à des manifestations-promenade en ville, ils ont refusé de mettre la barre à un niveau suffisant pour gagner.

La condamnation publique (CL du 15/10) par la voix de la secrétaire charentaise CGT (non contredite à ce jour par les autres dirigeants syndicaux), des actions de blocage menées par le collectif des retraites (qui rassemble des militants de base de la CGT, de la FSU, de SUD et d’autres organisations), allait dans le même sens.
Personne ne prétend qu’il suffisait que l’intersyndicale appelle à la grève reconductible et au blocage des lieux stratégiques pour que cela existe. .. Mais ne pas y appeler -et les condamner-n’ était probablement pas le meilleur moyen de les construire...

C’est pour cela que début octobre, SUD-Solidaires a quitté l’intersyndicale après le refus de celle-ci d ’appeler au soutien aux secteurs en lutte et à la grève reconductible. A partir de ce moment-là nous avons mis toutes nos forces dans la construction de la grève et dans les actions quotidienne du collectif retraite destinées à interpeller les salariés. Nous avons été de toutes les manifestations, de tous les combats. Le syndicalisme de lutte que nous défendons n’a pas été qu’un mot, et nous avons réussi, avec nos moyens, à lui donner vie.
Certes, nous n’avons pas réussi à être entendu d’une majorité de salariés (nous ne cachons pas que nous sommes une jeune organisation qui n’a pas l’implantation de « gros » syndicats) mais nous avons tout tenté pour cela.
Nous n’avons pas l’habitude de parler la langue de bois : une large partie des salariés a délégué les décisions du mouvement aux directions syndicales qui en ont fait ce que nous avons décrit ci-dessus.
Mais, autant nous étions sortis (collectivement) démoralisés et laminés par le conflit de 2003, autant aujourd’hui la contestation continue d’exister. La résignation d’après 2003 pourrait être remplacée cette fois-ci par la colère... Des enseignements peuvent être tirés de cet épisode. Des liens, qui seront très précieux, ont été tissés entre des militants et des salariés qui ne se connaissaient pas il y a encore quelques semaines. Ils seront indispensables dans les inévitables conflits à venir. Pour nous, le Père Noël ne passera pas en 2012. Seule la lutte sociale nous permettra de gagner.

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